Films

L'homme de sable, le cinéma de Thierry Michel (Les Films de la Passerelle)

Culture / Art / 70 minu' / 2013

De Jose Luis Peñafuerte

En 40 ans de carrière déjà, avec une filmographie riche, Thierry Michel semble être un réalisateur insatiable. Dégager en un film les lignes de force de ce travail d’une vie tient du défi. José-Luis Peñafuerte le relève avec brio, et signe un portrait organique et intimiste.

L’inspiration du cinéaste prend sa source en Wallonie, dans la Belgique des années 60, à l’heure des luttes sociales et des combats syndicaux. En tant qu’assistant de Paul Meyer d’abord, puis derrière sa propre caméra, Thierry se découvre une âme de militant et réalise ses premiers films, dont le très combatif  ‘Hiver 60’.

Puis vient l’envie de partir. De s’évader. De découvrir l’Ailleurs, dont la porte sera le Maghreb. Avec ‘Issue de secours’, le héros principal, en quelque sorte le double de Thierry Michel, cherche à donner un sens à son existence, confronté à l’espace infini du désert.

Très vite Thierry se retrouvera ailleurs, au Brésil ou il filme la misère des gosses de rue, en Iran ou il capte les prémisses d’une jeunesse en manque de repères…

Mais plusieurs fois au long de sa carrière, de façon obsessionnelle, il reviendra sur le continent africain, et principalement au Congo/Zaïre. Comme ont été créés jadis les terrils du pays noir de Charleroi ou ceux du Katanga aujourd’hui, il extrait du sous-sol les vérités qui mettent à mal les machines dictatoriales.

Un travail indissociable de la prise de risque lui vaudra plusieurs arrestations, et une expulsion à deux reprises, et du Zaïre et du Congo. 

A posteriori, ses nombreux films dans ce pays où les archives audiovisuelles sont soit délaissées, soit biaisées, soit inexistantes, offrent une alternative pour une mémoire collective.  

Cependant, José-Luis n’hésite pas à poser, avec Thierry, ce constat quelque peu amer : le désir de changement à travers le cinéma n’impacte la population locale, la Belgique et la Communauté internationale que de façon relative.

Mais l’envie de filmer reste intacte : son regard incisif, et son corps-caméra ne cessent de chercher de nouveaux territoires. 

Et plus les images sont fortes, plus José-Luis Peñafuerte nous fait découvrir les fêlures d’un homme confronté au réel, hanté à tout jamais par les images capturées.

La fin du film nous amène sur les lieux de tournage d’’Issue de Secours’, dans les dédales du désert marocain. Thierry se souvient, évoque ce long chemin parcouru, et la nécessaire question de la transmission, du passage de témoin… entre ombre et lumière, dans le silence et la poussière, il revêt son costume « d’homme de sable » …

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